Ayant un projet clownesque pour les enfants malades,
Je suis allé à l’hôtel de ville, ce dimanche,
Contacter les camarades de Clocheville.
A
La porte de la mairie à peine ouverte,
Ce fut le choc,
La galerie des horreurs !
Le rez-de-chaussée habituellement réservé aux mini expositions,
Cette quinzaine laisse place à un tachiste bariolesque,
Un sous sous sous sous sous Niki de Saint Phalle d’opérette aspirant étudiant des zarbo !
a
Initié à l’Art dit contemporain par Olivier Debré himself,
Je pensais être blindé, mais non.
Reprenant mes esprits, je montai au premier par le grand escalier tapissé de rouge.
Face à mes yeux en énormes lettres d’or, une grande stèle nous rappelait,
LES FRANÇAIS MORTS POUR LA FRANCE.
Dessous dans un vase de Sèvres, les cendres de nos frères déportés,
Des anars, royalistes, juifs, des qu’y savaient même pas qu’y z’étaient juifs,
Des tsiganes, des nègres, des gaullistes, communistes, des PD, des travelos, des curés,
Des handicapés, des sportifs, des fous,
Des femmes, des enfants, des vieux…
J’ai beau connaître la maison dessinée par Laloux,
Chaque fois que je monte l’escalier, submergé par l’émotion, je serre les dents les yeux embrumés ;
Parce que nous ne devions pas être nombreux à avoir une attitude recueillis, en cette soirée de vas et viens électorale.
Au premier, dans le hall deux toiles gigantesques du Sieur Oliver,
Dont celle menant à la salle Felix Faure - le plus gaulois de nos Présidents -,
La célèbre " Plénitude Amnésique ", inspiratrice de tous les Juan Romano Chucalescu en herbe.
Je ne sais pas qui s’occupe de la culture à la mairie,
Mais permets-moi de te dire que tu es un con !
Quand j’étais élève de CM2, dans la classe de Monsieur Ossonce,
Le père du Chef d’orchestre,
Mes parents m’emmenèrent un jour en excursion culturelle, du genre à enchanter les enfants, mais comme c’était une époque où il ne serait venu à
l’esprit de personne qu’un mouflet remît en cause l’autorité parentale, j’ai suivi.
Eh bien j’l’ai pas regretté !
Dans une galerie par Amboise, le Maître en personne nous expliquait sa conception artistique.
Prenant une de ses croûtes, il s’y livra à un test de Rorschach :
" - Là vous pouvez voir ceci… Et ici, cela… "
Tout d’un coup, il retourna sa toile :
" Et si je regarde dans l’autre sens, je vois ceci… je vois cela… "
Une révélation ! Une leçon que je n’ai jamais oubliée.
Alors camarade... C’est bien beau d’exposer du Debré, mais si tu n’en changes pas régulièrement la disposition ou le sens,
Tu dénatures la vision qu’en avait le Maestro !
a
Sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?
En fait, j’ai passé ma soirée à attendre des gens qui ne sont jamais venus.
Je fis donc plusieurs allers-retours avec l’extérieur, histoire de fumer ma clope en me réchauffant avec les gauchos.
Quand vous redescendez le grand escalier, sur votre droite et votre gauche, vous pourrez aussi admirer deux tableaux de l’Artiste, coincés près des
chiottes, tout un symbole, avec la stèle des
FRANÇAIS MORTS POUR LA FRANCE EN INDOCHINE ET ALGERIE,
Des anars, royalistes, juifs,…
Des femmes, des enfants, des vieux…
Cette fois la larme à l’œil, je serrai les dents de colère plus que de nostalgie,
Mais la vision salvatrice des merdes exposées au rez-de-chaussée,
Me libéra en un grand éclat de rire !
Sur un dernier pilier, un minuscule ex-voto nous rappelle au souvenir des
FRANÇAIS MORTS D’ACCIDENT DU TRAVAIL
Des anars, royalistes, juifs,…
Des femmes, des enfants, des vieux…
a
Je m’intoxiquais de nicotine, quand une bande de gueux avec banderole et pétitions se placèrent sur les marches.
Ces dangereux révolutionnaires, parents d’élèves et instits, manifestent pour qu’une femme et sa petite fille, sans papiers, ne fussent pas
expulsées.
Madame Halima Sadnia et la petite Maazouza.
Je me précipitai de signer la pétition, histoire de faire marrer mes amis des RG.
Faut pas m’en vouloir, mon credo idéologique,
C’est les épisodes de Zorro quand j’étais petit.
Depuis, je pense être né pour défendre la veuve et l’orphelin !
Justement, le papa de Maazouza, ouvrier déclaré pendant vingt ans, est décédé d’un accident du travail.
Mort pour enrichir un ramassis d’ordures et remercié par la Camarde d’un :
" Casses-toi pauvre con ! "
Devons-nous renvoyer cette gamine dans une contrée aux mains de fanatiques analphabètes ?
Ou bien lui donner une éducation laïque et républicaine, lui permettre de grandir en sécurité, de l’instruire intelligemment afin qu’elle pût devenir
une femme libre ?
Je m’étonne même que la tragique disparition du papa n’ait pas permis de naturaliser sa famille au nom du
SANG VERSE POUR LA FRANCE.
A
De retour au premier, pendant que quelques badaux scotchaient devant un super écran plat dernier cris diffusant TévéTours,
L’esprit du bon Docteur François Rabelais investi l’écran.
Entre deux pubs pour lunettes à Johnny,
Une réclame nous invitant à un grand Happening Colioscopique,
Tous au toucher rectal !
A
Et j’redescendais tirer mon mégot.
Quand arriva un troupeau de VIP, certaines me dévisagèrent avec ces regards que l’on retrouve de sur des vieilles photos d’innommables personnages d’il
y a 70 ans et qui font encore frémir, dont une enturbannée d’importance, puis disparurent dans des bureaux.
Je méditai sur les gogos participants à la mascarade démocratique, ils me rappelaient ceux qui avaient accueillis Daladier sous les
houras !
Cela n’a fait que confirmer notre vision d’un pacte à la germano-soviétique,
L’alliance contre nature de l’ultra libéralisme et de l’islam.
De quoi réfléchir quand on a lu dans le coran ce qui est réservé aux anars, royalistes, juifs, des qu’y savent même pas, tsiganes, nègres,
gaullistes, communistes, PD, travelos, curés, handicapés, sportifs, fous, femmes, enfants, vieux…
A
Et que me r’voilà au premier, un dernier petit tour dans la salle des fêtes, quand j’aperçu un tout petit papy, un mètre douze, qui essayait vainement
de sortir, bousculé par la foule, essayant de remettre son béret.
Croyez-moi, pas un de ces jean-foutre qui lui auraient marché sur la gueule n’étaient basanés !
Je ramassai sa cane, il me parla d’un regard paniqué :
" Y a personne pour me raccompagner !
- Ah bon ? Répondis-je.
- J’ai 85 ans, d’habitude on vient me chercher, mais y a personne pour me raccompagner, j’habite X ( deux bornes de la mairie) et j’ai peur de me faire
attaquer, je me suis fait agresser 38 fois déjà ! "
Montjoye ! Saint Denis !
Je me proposai de le ramener.
Vu qu’il avait du mal à arquer je suis allé chercher ma tire.
En chemin, je crus comprendre qu’il était un aficionado de not’ bon maire et qu’il était pressé d’arriver chez lui pour écouter les résultats
électoraux sur sa TSF.
Chapeau les gars, je comprends qu’il soit du genre " pépé casse couilles ",
Mais que pas un jeune socialo ne se soit cassé le cul pour un de ses anciens… Pauvre France !
Ca fait peur, si même les vôtres vous les laissez se faire racketter, 38 fois,
J’ose pas imaginer les autres.
Sur le chemin toujours, une parépapétitienne bien en chair tapinait,
Hautes bottes, collant et mini jupe de cuir noir,
A la mode, elle se fondait dans le paysage.